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Journée internationale de l’éducation : ce que mon voyage en Inde m’a rappelé sur l’enfance et l’école

Dernière mise à jour : 22 janv.

Chaque 24 janvier, la Journée internationale de l’éducation nous invite à ralentir. À lever les yeux de notre quotidien, à regarder au-delà de nos frontières et à nous demander, avec honnêteté, quelle place nous accordons à l’apprentissage dans nos vies et dans nos sociétés. Et surtout, ce que nous offrons réellement à nos enfants.


Depuis 2024, pour moi, ce n’est plus une date sur un calendrier. C’est une constellation de visages, de regards lumineux, de poussière dorée suspendue dans la lumière du soleil, de sourires inattendus, de silences lourds de sens qui continuent de vibrer en moi.


Quelques semaines après le Salon de l’apprentissage de Québec, j’ai fait un saut dans le vide. Un voyage en Inde, seule. Un rêve que je gardais depuis longtemps sur une liste de projets sans cesse repoussés. Des ennuis de santé me murmuraient depuis un moment que le « plus tard » n’était peut-être pas garanti. Alors j’ai choisi le maintenant.


Je quittais encore portée par l’énergie du Salon. Les rencontres, les idées, la fierté, les échanges, cette effervescence qui me rappelle pourquoi je fais ce que je fais. Mais j’étais aussi plus fragile, plus sensible que d’habitude, un peu inquiète pour ma santé. Disons que j’avais le cœur grand ouvert.


L’Inde ne t’accueille pas doucement. Elle t’attrape, t’enveloppe, te secoue. C’est cliché, mais tellement vrai. Les couleurs éclatent comme des pigments vivants. Les odeurs racontent mille histoires à la fois, entre épices chaudes, poussière, smog, encens et chaleur humaine. Les klaxons composent une étrange symphonie urbaine, chaotique et vibrante.


Et puis il y a le fait d’être une femme, seule, au milieu de cette intensité. Une vigilance qui ne quitte jamais vraiment le corps. Des regards insistants. Une sensation diffuse d’insécurité qui s’installe dans le corp avant même de passer par la tête. J’ai aussi été profondément frappée par la condition des femmes. Leur place, leur charge, leurs silences, leurs contraintes visibles et invisibles. Ce décalage m’a ébranlée. Il m’a ramenée à mes privilèges, mais aussi à une fragilité universelle que nous portons toutes, peu importe le pays.




Et au milieu de tout ça, des enfants. Partout.


Je pensais savoir ce que je verrais. On a tous vu les images, les reportages, les chiffres.


Mais entre savoir et vivre, il y a un gouffre.


Leurs regards t’attrapent. Leurs voix t’appellent. Des petites mains tendues. Des pas qui te suivent. Des demandes répétées. Des enfants de la rue, bien réels.


Comme Occidentale, j’étais souvent sollicitée, surtout par les hommes. Mais ce sont les enfants qui m’ont le plus secouée. Ils s’agrippaient à mes bras, m'interpellaient et me suivaient. On me disait de ne pas donner d’argent, que cela encourageait l’exploitation. Je comprenais. Mais devant une main tendue, que faire? Parfois je donnais. Parfois j’essayais d’offrir de la nourriture. Souvent, ils n’en voulaient pas. Et chaque hésitation me laissait avec un poids dans la poitrine.


Je m’efforçais de les regarder dans les yeux, de leur sourire, d'être bienveillante.

Puis un jour, c’est devenu trop. J’ai baissé les yeux. J’ai accéléré le pas, irritée. Et ce simple geste m’a fendu le cœur. Je me sentais envahie, fatiguée… puis aussitôt coupable, je me décevais.


Comment pouvais-je ressentir de l’irritation face à des enfants en mode survie, alors que toute ma carrière s’est construite autour du bien-être des enfants, alors que j'ai l'enfance, la famille tatoués au cœur. Cette faille intérieure m’a bouleversée. Elle m’a appris que même mon empathie connaît ses zones de fragilité.


Bref, j’ai vu des enfances qui avancent trop vite, des responsabilités portées trop tôt, des regards déjà adultes dans des visages encore fragiles. Une réalité qui te colle à la peau et qui finit par te traverser jusque dans les os. Et malgré tout, il arrivait qu’un sourire surgisse, qu’une curiosité intacte fasse une brève apparition, comme une petite lumière qui passe trop vite. Un rappel précieux que l’enfance résiste encore, qu’elle trouve parfois la force de jouer, de rire et de s’émerveiller, même lorsque la vie est difficile.


Ils me reviennent en tête quand je réfléchis à notre système d’éducation au Québec. À nos débats, à nos frustrations, à nos combats nécessaires.


Reconnaître nos défis, sans les minimiser

Je sais que plusieurs d’entre nous sont fatigués, inquiets, parfois même découragés. Manque de ressources, classes surchargées, épuisement du personnel, besoins grandissants chez les élèves, infrastructures vieillissantes, pression sur les familles. Ce sont des réalités bien concrètes, vécues chaque jour.


Ces enjeux doivent être nommés, dénoncés et corrigés. Il ne s’agit jamais de les banaliser sous prétexte que c’est pire ailleurs. Nos enfants méritent des milieux d’apprentissage sains, sécuritaires et stimulants. Nos enseignants méritent des conditions humaines et respectueuses. Nos familles méritent du soutien.


Comparer ne doit jamais servir à faire taire les préoccupations légitimes.


Garder une perspective plus large

Ce que j’ai vu me rappelle à quel point l’accès à l’éducation demeure fragile dans plusieurs régions du monde. Ici, malgré nos défis, l’école est accessible, structurée, encadrée. Des services existent. Des mécanismes de soutien sont en place, même s’ils sont imparfaits.


Cette conscience ne diminue pas nos problèmes.


L’enfance comme boussole

Les enfants, ici comme ailleurs, nous rappellent une vérité simple qu’on connaît tous, mais qu’on oublie parfois dans le bruit du quotidien. L’éducation n’est pas seulement une affaire de programmes, d'apprentissage, de bulletins ou de structures.


C’est un filet de sécurité. Une chance réelle de sortir de la pauvreté. Un espace pour rêver, grandir, comprendre le monde et se projeter dans l’avenir.


Quand cette chance existe, elle transforme des vies, des familles, des communautés entières. Quand elle est fragile ou absente, ce sont des trajectoires complètes qui basculent.


Les enfants ont besoin d’adultes engagés, lucides et courageux. Des adultes capables de reconnaître ce qui ne fonctionne pas, de demander mieux et de bâtir des solutions durables.


Continuer à regarder, ne pas baisser le regard ici et ailleurs

La Journée internationale de l’éducation nous invite à garder les yeux ouverts. À rester attentifs à ce qui se vit dans nos écoles, mais aussi à ce qui se joue ailleurs dans le monde. Elle nous rappelle que l’éducation est un chantier vivant, précieux et fragile, qui demande cohérence, engagement et courage collectif.


Je garde en moi les visages des enfants croisés là-bas. Ils me rappellent pourquoi il est si important de continuer à croire en l’éducation, de la défendre, de la prioriser, de la questionner et de la faire grandir.


Pour eux.

Pour nos enfants.

Pour les générations à venir.


Chantal Trudel

Cofondatrice et présidente du Salon de l’apprentissage



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